Tim Izzo @5ika.ch

DĂ©connexion

18.05.2022

Il y a 3 ans, j’ai décidé de me couper des réseaux sociaux alors que j’en était totalement addict.

Je me suis inscrit sur Facebook en 2007 quand le réseau commençait tout juste à devenir hype. Après MSN où je retrouvais mes potes le soir pour discuter de tout et surtout de rien, j’étais content d’avoir une plateforme pour partager des publications d’ado mystérieux et profond à de plus en plus de gens depuis un bureau chez mes parents. Est ensuite arrivé Instagram où, comme les autres de mon âge, j’ai pu laisser exprimer ma fibre artistique en publiant des photos pour montrer comment ma vie elle est bien.

Avec mon premier smartphone, j’ai pu emmener mon réseau de “potes” n’importe où. Toujours dans la poche, je n’avais plus besoin d’attendre après l’école pour me tenir aux courants des dernières news trépignantes des autres. Du bout de mes doigts, je pouvais contacter n’importe qui pour lui dire n’importe quoi, depuis n’importe où. C’était beau !

Les années passantes et la maturité grandissante, j’ai peu à peu pris du recul sur mon utilisation des réseaux sociaux. Malgré une constante connexion avec mes pairs, nos conversations n’avaient pas vraiment de substance. Les quelques fois où j’ai vraiment utilisé Facebook les dernières années, c’était pour être tenu aux courants de certains événements et de qui y allait.

Pourtant, comme beaucoup d’autres, je me suis caché derrière la grande excuse “Oui mais ça me permet de rester en contact avec d’anciens potes ou personnes que je ne vois pas souvent”. Il faut arrêter de se mentir: Non, ce n’est pas vrai. Je n’ai pas besoin d’avoir un canal de discussion constant avec des gens avec qui je parle une fois tous les 10 ans. Si je veux vraiment les contacter et maintenir une relation avec eux, je les appelle et je les vois.

Avec le temps, j’ai réalisé que je n’avais pas besoin d’avoir 500 amis potentiels car je n’aurais de toute façon pas assez de temps pour tous. Une vraie relation entre deux personnes s’entretient, prend du temps et change avec le temps. D’après l’anthropologue Robin Dunbar, nous sommes incapables de tenir une relation humaine stable avec plus de 150 personnes (en moyenne). C’est une limite de notre cerveau ! Dans ce cas, pas besoin d’un outil pour gérer ses relations comme un troupeau.

En août 2018, j’ai donc sauté le pas: j’ai supprimé mes comptes Facebook, Instagram et Twitter. Et franchement, ça a été horrible.

Du jour au lendemain, je me suis senti totalement déconnecté. Non pas d’Internet mais de mes amis et des différents groupes auxquelles j’appartenais. Habitué à être toujours un peu au courant de tout grâce aux plateformes en ligne, j’ai découvert que je devais maintenant aller à la rencontre de mes amis pour savoir s’il se passait des choses, s’il y avait un anniversaire, si un tel allait à un concert ou si tel groupe d’amis se retrouvait pour un barbecue. Pour un introverti comme moi, cela demande beaucoup d’effort et d’inconfort. Du jour au lendemain, j’ai coupé court à des centaines de “relations” que j’avais alors sur Facebook et Instagram.

Puis, de semaine en semaine, j’ai repris contact avec certains amis en les contactant directement. En ayant des discussions avec un début et une fin, j’ai redécouvert certaines personnes et j’ai construit des relations un peu plus fortes avec un nombre plus restreint d’amis. J’ai aujourd’hui 23 personnes que je contacte régulièrement, que j’apprécie et avec qui je passe des moments vrais et sincères (en dehors de la famille bien sûr).

Cela reste difficile d’être déconnecté des différentes plateformes. En arrêtant les réseaux d’”amis”, j’ai un peu compensé avec LinkedIn pendant quelque temps. Même si je suis encore un peu présent sur ce réseau professionnel, j’ai remarqué que je n’ai rien à y partager (je ne fais que repartager ce que postent les entités dont je fais partie mais le monde peut s’en passer) et que les quelques rares informations intéressantes sont perdues dans un océan d’information inutile et de marketing.

Finalement, tout ce que je peux trouver d’intéressant sur ces réseaux se trouve aussi ailleurs sur le Web et je préfère désormais utiliser un agrégateur qui me condense les publications des sites que je suis sans le superflu autour.

Je ne passe plus mes journées à scroller dans la vie des autres mais j’ai désormais tout le temps de réfléchir et de me concentrer sur des choses qui valent la peine, les choses de la vraie vie, celle qui est palpable.

La déconnexion n’a pas été simple et la tentation de revenir sur les plateformes sociales, les anciennes comme les nouvelles, ne part pas vraiment. Mais quand on réussit à construire de vraies relations, il devient évident qu’on n’a pas besoin de Facebook, Instagram, TikTok et leurs compères.